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                                    37Quelques mots sur les ann%u00e9es 1930Si certains historiens d%u2019art consid%u00e8rent que le r%u00e8gne de l%u2019Art d%u00e9co se termine avec la Crise de 1929, d%u2019autres au contraire le font durer jusqu%u2019%u00e0 la Seconde Guerre mondiale, voire la fin des ann%u00e9es 1940. Au fil du temps, les grands cr%u00e9ateurs vont progressivement quitter la sc%u00e8ne : ainsi Andr%u00e9 Mare d%u00e9c%u00e8de en 1932, Ruhlmann l%u2019ann%u00e9e suivante, Iribe disparait en 1935. Au d%u00e9but des ann%u00e9es 1930, le mobilier poursuit le d%u00e9pouillement amorc%u00e9 dans la d%u00e9cennie pr%u00e9c%u00e9dente et les lignes pures avec peu d%u2019ornements l%u2019emportent. Les placages de bois sombres, le m%u00e9tal, le verre, parfois des mat%u00e9riaux nouveaux comme le caoutchouc ou le ciment, envahissent les int%u00e9rieurs. Des d%u00e9corateurs et des designers comme Jacques Adnet, Michel Dufet ou Michel Roux-Spitz affirment et affinent leur style mis au point pr%u00e9c%u00e9demment. D'autres inventent une %u00e9criture architecturale et des concepts totalement nouveaux, %u00e0 l'instar de Paul Dupr%u00e9-Lafon ajoutant des mati%u00e8res nobles et luxueuses %u00e0 des volumes volontairement imposants ou encore Jean-Michel Frank utilisant des mat%u00e9riaux consid%u00e9r%u00e9s comme pauvres, banals ou inattendus, sur des meubles aux proportions parfaites, quelques fois aust%u00e8res. Tous doivent choisir entre deux voies bien distinctes: l%u2019%u00e9litisme de la commande priv%u00e9e ou une diffusion plus large au sein d%u2019entreprises de d%u00e9coration qui vont d%u00e9cliner les mod%u00e8les en plusieurs exemplaires voire en plus grand nombre.Les ann%u00e9es 1930 constituent des ann%u00e9es de r%u00e9cession %u00e9conomique et sociale. Sans doute faut-il trouver l%u00e0 la raison d%u2019un retour %u00e0 une certaine sobri%u00e9t%u00e9 et %u00e0 une plus grande simplicit%u00e9. Afin de tenter de compenser les effets de la crise et d%u2019amortir la baisse de la demande, les gouvernements fran%u00e7ais successifs m%u00e8nent une politique de commandes destin%u00e9es aux industries du luxe et aux m%u00e9tiers d%u2019art. Les temps forts en sont l%u2019Exposition coloniale de 1931 et l%u2019Exposition internationale des arts et techniques de la vie moderne en 1937. En 1931, Printz est commissionn%u00e9 pour r%u00e9aliser l%u2019am%u00e9nagement d%u2019un salon consacr%u00e9 %u00e0 l%u2019Asie tandis que Ruhlmann est charg%u00e9 de son pendant africain. L%u2019exposition de 1937, centr%u00e9e elle aussi sur les arts d%u00e9coratifs, consacre %u00e0 nouveau la primaut%u00e9 de l%u2019artisanat sur l%u2019industriel, de l%u2019unique sur la s%u00e9rie. L%u2019autre grande cat%u00e9gorie de client%u00e8le durant la d%u00e9cennie est celle des compagnies de navigation qui engagent les d%u00e9corateurs sur des chantiers prestigieux. Le Queen Mary (1932), le Champlain (1932), le Normandie (1935), le Mauretania (2e du nom en 1939) sont des g%u00e9ants des mers dont l%u2019agencement et l%u2019ameublement sont extr%u00eamement sophistiqu%u00e9s. Ruhlmann, S%u00fce et Mare, Leleu, Dunand travaillent tous %u00e0 la construction de ces transatlantiques. Jean-Paul HeerbrantTexte issu de la publication Opalescents %u00e9dit%u00e9e par le Centre Albert Marinus lors de l'exposition Opalescents au Mus%u00e9e de Woluwe
                                
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