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Belles %u00e0 l%u2019observation r%u00e9aliste des visages, largement influenc%u00e9e par l%u2019art flamand. L%u2019adoption du portrait de trois-quarts, dans le sillage des ma%u00eetres du Nord, introduit un nouveau rapport au mod%u00e8le, plus psychologique et subtil, tandis que s%u2019opposent, au XVIe si%u00e8cle, la sensualit%u00e9 lumineuse des V%u00e9nitiens et la froideur raffin%u00e9e des Florentins.Une section centrale est consacr%u00e9e aux Muses, Monstres et Prodiges, ces figures d%u2019exception qui incarnent les extr%u00eames de la beaut%u00e9 et de la laideur. La tr%u00e8s belle Simonetta Vespucci, muse de Botticelli, c%u00f4toie le nain Morgante ou Madeleine Gonzales, atteinte d%u2019hypertrichose, dont les portraits deviennent des arch%u00e9types durables. Tous t%u00e9moignent d%u2019un m%u00eame d%u00e9sir de d%u00e9passer la simple apparence pour %u00e9lever la diff%u00e9rence au rang de mod%u00e8le artistique.L%u2019artifice, notion cl%u00e9 du XVIe si%u00e8cle, s%u2019affirme %u00e0 la fois comme proc%u00e9d%u00e9 cr%u00e9atif et comme pratique sociale. En peinture, il permet %u00e0 l%u2019artiste de raffiner ou d%u2019alt%u00e9rer la nature; dans la vie quotidienne, le recours croissant aux cosm%u00e9tiques %u2013 abondamment document%u00e9 par les trait%u00e9s de \%u00eatre belle\Mais les substances toxiques employ%u00e9es transforment parfois les visages en masques, r%u00e9v%u00e9lant la fronti%u00e8re fragile entre parure et monstruosit%u00e9. %u00c0 l%u2019inverse, la gr%u00e2ce appara%u00eet comme un don naturel qui d%u00e9passe les canons; elle conf%u00e8re %u00e0 chaque %u00eatre, m%u00eame imparfait, une beaut%u00e9 int%u00e9rieure et une aisance singuli%u00e8re.Dans cette mouvance s%u2019inscrit la \caricaturales dessin%u00e9es par de Vinci ou les figures d%u00e9form%u00e9es de D%u00fcrer, des Carrache et d%u2019artistes flamands comme Metsys ou Frans Floris. Le mani%u00e9risme, en s%u2019%u00e9loignant de la stricte imitation du r%u00e9el, valorise cette cr%u00e9ation infinie de formes dans laquelle la difformit%u00e9 suscite autant de plaisir que la perfection. Les artistes italiens et nord-europ%u00e9ens multiplient alors les figures de la laideur : vilains, fous, vieillards ou p%u00e9cheurs symbolisent les travers moraux et sociaux, et les disproportions physiques deviennent m%u00e9taphores des d%u00e9sordres de l%u2019%u00e2me.L%u2019exposition s%u2019ach%u00e8ve sur un face-%u00e0-face saisissant : La beaut%u00e9 et la laideur en couple. Ce motif, initi%u00e9 par L%u00e9onard de Vinci, met en sc%u00e8ne des \in%u00e9gaux\nordiques %u2013 o%u00f9 se nouent s%u00e9duction, argent et morale. Ces accouplements de contraires condensent toute la r%u00e9flexion de la Renaissance : le beau %u00e9claire le laid, et le laid r%u00e9v%u00e8le le beau, selon la formule attribu%u00e9e %u00e0 L%u00e9onard de Vinci : \R%u00e9alis%u00e9e en %u00e9troite collaboration avec l%u2019Istituto Italiano di Cultura de Bruxelles, Ci-contre : Giovanni Paolo Lomazzo, T%u00eate grotesque de femme de profil, ca. 1560. 6 (D.R. Collection particuli%u00e8re)

